Le dénigrement, procédé peu élégant

Concurrence déloyale
Fin août SFR se lançait dans la bagarre judiciaire contre Free, emboîtant le pas à Bouygues, pour concurrence déloyale et dénigrement. Si l’accusation de diffamation est souvent employée, celle de dénigrement est plus rarement utilisée. Pourtant elle correspond à des actes précis.

Tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Jamais tel proverbe n’aura été aussi vrai. Et ce n’est pas Free ni surtout son emblématique patron, Xavier Niel, qui diront le contraire. Accusé par Bouygues Telecom et par SFR de propos malvenus, il s’est vu condamné suite au dépôt de plainte du premier. Le second lui emboîtait le pas en août dernier. Car ce que l’opérateur reproche à l’opérateur de Xavier Niel ce sont des propos relatés dans un hebdomadaire où l’homme d’affaires s’exprimait à propos de la 4G. Des propos qui n’ont pas plu à Bouygues Telecom qui a donc esté en justice et obtenu 20 M€. Fin août, c’est SFR qui déposait plainte à son tour. On retiendra donc que donner des chiffres erronés en voulant jeter le discrédit sur ses concurrents, ce n’est pas bien, c’est même considéré comme de la concurrence déloyale et que c’est surtout préjudiciable pour qui les prononce…

Dénigrer, kesako ?

Autant le terme de diffamation est employé régulièrement, sans même que l’on s’interroge sur son sens véritable, autant le terme de dénigrement est peu usité. Dénigrer, selon l’Autorité de la concurrence et une décision rendue le 25 mars 2009, se différencie de la diffamation dans le sens où un acteur économique chercher à bénéficier d’un avantage en pénalisant son compétiteur. Une pratique pas chic qui doit pour autant réunir trois conditions : les propos doivent avoir un caractère péjoratif, être rendus publics et concerner une marque, des produits ou une entreprise facilement identifiable. Des propos qui donc dévalorisent leurs cibles et mettent à mal crédibilité, honnêteté et honorabilité. Même, et c’est là où il est important de mesurer ses dires, si les propos prononcés se révèlent être vrais… Dans le cas de Free contre Bouygues Telecom et SFR, le fait de suggérer être le seul à posséder des qualités précises est considéré comme un dénigrement indirect. Pour résumer, le dénigrement c’est donner des informations malveillantes mais qui peuvent se révéler… vraies. Les sanctions elles peuvent aller au paiement de dommages et intérêt si le préjudice porté par les propos est vérifié et prouvé.

© 2014, Laurence BOTTERO, Journaliste

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